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J’ai toujours aimé cette fenêtre, trop petite, logée à mi chemin de l’escalier en colimaçon comme une meurtrière dans le béton bleu. Pour guetter quels apaches ? De là on voyait bien l’architecture en, terrasses, imbriquées les unes dans les autres comme celles des temples Khmer, comme surtout la vie des habitants, dans un chaos triangulaire qui finalement s’imbriquait bien, comme par miracle. Brutalement. Bien sur, il y avait aussi quelques mouettes qui arpentaient parfois ce porte avion de béton, sans destination fixe. Les larges baies vitrées offraient des lignes de fuite propices à tous les départs, et des reflets aux bibliothèques pleines de cartes maritimes. Rien n’y était carré, on y cherchait en vain un angle droit, au point que pour meubler il fallait parfois sortir la scie : mon bureau avait été était taillé en pointe pour épouser le coin de la chambre. En face, comme en miroir, d’autres cellules de verre nous regardaient, construites quelques années après et avec moins d’audace – mais l’une d’entre elles était celle d’une amoureuse, et nulle ne fut plus scrutée. Cette architecture aussi idéaliste que mal isolée, avait attiré en son sein des personnalités à son image : enseignants-chercheurs, photographes, médecins mélomanes. Ils se rassemblaient parfois – comme au soir du 10 mai 81, sur les marches en bas pour refaire le monde. Serait-il moins carré ce monde ? De béton qui respire ? Suspendu, végétalisé… pour tout dire, en Etoiles…?
Référence du décor: A260603, situé à Ivry sur Seine, département de Seine Saint Denis, région Ile de France